GDR 3359 MODYS (2010-2013) CNRS
InSHS sections 39 et 32

Dirigé par Xavier Rodier

Le texte ci-dessous provient du site web du GDR 3359 MODYS et dans lequel le programme y est détaillé.

Descriptif

- Au croisement des sciences historiques et de la géographie, le GdR MoDyS a pour objet la formalisation et la modélisation de phénomènes localisés dans l’espace et dans le temps

Le programme est structuré selon deux axes :

  • multi-temporalités et longue durée
  • incertitude et multi-représentations

L’ambition est de contribuer à améliorer la compréhension des transformations des objets spatiaux considérés, selon les disciplines, dans le temps long.

- Le GdR Modélisation des dynamiques spatiales (MoDys) a été créé en 2010 pour 4 ans par l’InSHS. Il s’appuie sur la double filiation du réseau inter-MSH Information Spatiale et Archéologie (réseau ISA) et du réseau thématique pluridisciplinaire Modélisation des dynamiques spatiales (RTP MoDys) dirigé par Elisabeth Zadora-Rio de 2005 à 2008.

- Depuis 2001, le réseau inter-MSH ISA, initié par des archéologues travaillant sur le rapport des sociétés à l’espace, a largement contribué à l’animation de la recherche (séminaires, colloques, écoles thématiques) et à la structuration de la communauté scientifique. Soutenu par le CNRS comme plateforme technologique, il est reconnu comme une des principales actions du réseau des MSH. En permettant des formations et des travaux collectifs, il a permis d’organiser et de faire progresser l’instrumentation de la recherche dans le domaine de l’application de l’analyse spatiale en archéologie notamment par l’utilisation des outils de la géomatique (SIG, télédétection).

- Les échanges engagés avec les géographes dans le réseau ISA ont donné lieu en 2005 à la création du RTP MoDyS pour trois ans par la direction scientifique du département SHS du CNRS.
Les deux missions principales qui lui ont été assignées sont, d’une part d’être un outil d’assistance à la politique scientifique ; d’autre part de promouvoir les collaborations interdisciplinaires en SHS et de favoriser le développement de la modélisation spatiale appliquée à la recherche sur les sociétés du passé et du présent.
De 2005 à 2008, regroupant des archéologues, géographes et architectes, le RTP a montré la pertinence et la richesse des échanges interdisciplinaires dans le domaine de la modélisation spatiale notamment lors des rencontres de doctorants organisées en 2006 à Lyon et 2007 à Avignon.
Le RTP a fonctionné comme un observatoire de la recherche en analyse et modélisation spatiale en SHS en privilégiant les approches conceptuelles et méthodologiques.

- L’interface disciplinaire où se place MoDyS, entre géographie et histoire, est également au centre des travaux de l’Atelier chrono-chorématique du Centre National d’Archéologie Urbaine réunissant archéologues et géographes qui s’attachent à modéliser les trajectoires des villes en dégageant leurs structures élémentaires dans la longue durée. La mise en relation des connaissances archéologiques avec la modélisation graphique qu’offre la chorématique produit un travail interdisciplinaire permettant la lecture monographique des villes dans la longue durée par des schématisations simplifiées, destinées à favoriser la comparaison avec d’autres villes.
L’approche retenue est résolument fonctionnelle selon quatre catégories : la densité de la trame banale urbaine (fonction résidentielle) ; le religieux et/ou funéraire ; l’économique (production et commerce) ; le pouvoir civil (politique et militaire). La mesure de ces critères au cas par cas permet d’inscrire les villes dans un classement à quatre rangs : local, micro-régional, macro-régional et supra-régional (national).

- Le travail en réseau conduit autour de l’instrumentation de la recherche et des processus spatio-temporels a démontré l’intérêt d’une approche transversale et pluridisciplinaire des dynamiques spatiales. Le rôle moteur et structurant de ces réseaux a contribué à fédérer une communauté travaillant, au-delà des seules questions techniques, à la définition de nouveaux objets de recherche sur les relations société/espace, société/milieu.
L’objectif du GdR est de capitaliser ces avancées afin de définir les nouveaux paradigmes qui émergent à l’interface temps/espace. Pour la géographie il s’agit de projeter les concepts de l’analyse spatiale dans la longue durée en connaissance incertaine, c’est-à-dire avec des données hétérogènes et incomplètes issues de sources multiples. Pour les sciences historiques, les enjeux portent sur l’appropriation de l’espace par une approche modélisatrice et la formalisation des concepts temporels nécessaires à l’analyse.

- L’expérience de ces échanges interdisciplinaires a montré leur pertinence dans un champ d’investigation encore émergeant où se croisent de manière fructueuse les contraintes de la modélisation spatiale et celles qui sont propres aux sciences historiques. La prise en compte de la longue durée et la mise en oeuvre de sources intrinsèquement hétérogènes distinguent l’approche envisagée dans ce programme de celle des groupes constitués comme le GdRE S4, dont l’objet situé plus en aval, porte sur les méthodes de simulation des structures socio-spatiales certes à des fins heuristiques mais plus généralement prospectives, et le GdR MAGIS qui structure la communauté géomatique française et regroupe essentiellement des informaticiens et des spécialistes de l’espace autour de la modélisation de l’information géographique, intégrant des questions d’acquisition, de mutualisation, de multi-représentation, associées aux contextes de mobilité et de temps réel. Si des interfaces sont d’ores et déjà identifiées avec ces réseaux existants, le programme MoDyS constitue une étape préalable nécessaire avant d’envisager de possibles travaux en commun. L’objectif est de développer suffisamment l’analyse temporelle afin d’autoriser les échanges conceptuels avec l’analyse spatiale.

- L’intérêt des archéologues et des historiens pour l’espace a connu un développement important au cours de ces dernières années. Nombre d’entre eux se sont tournés vers les géographes pour leur emprunter les concepts de l’analyse spatiale. Les principes de l’analyse spatiale sont fixés dès le début des années 70 en géographie et leur exploitation en archéologie suit de près. _ Cependant, dans les approches qui en découlent, le traitement de la dimension temporelle est assujetti à l’espace. Afin de dépasser cette étape, les sciences historiques doivent se réapproprier le temps dans l’étude des dynamiques spatiales.
L’objectif est d’élaborer les concepts, les méthodes et les outils de traitement du temps, afin, par analogie à l’analyse spatiale, de poser les bases d’une analyse temporelle de l’espace.

- On entend, par modélisation des dynamiques spatiales, les outils et les méthodes visant la décomposition et recomposition des objets spatiaux – bâtiment, quartier, ville, territoire, réseau de peuplement, paysage - pour une analyse de leurs interactions et de leurs processus de transformation, à différentes échelles spatiales et temporelles.

- L’importance prise par l’analyse spatiale en SHS a suscité depuis une dizaine d’années un intense dialogue interdisciplinaire entre géographes, archéologues et historiens, autour de l’analyse des processus de transformation de l’espace à différentes échelles de temps, et notamment dans la longue durée, c’est-à-dire plusieurs siècles voire plusieurs millénaires, jusque-là peu abordée par les géographes. Ce travail a mis en évidence les questions communes qui se posent à l’intersection des disciplines concernées. En outre, cela a permis d’identifier les spécificités des dynamiques spatiales dans le temps long qui nécessitent des développements et des formalisations propres : la longue durée, les temporalités multiples, les échelons d’analyse, le rapport aux sources. La multiplicité et la diversité des sources mises en œuvre, la particularité de leurs modes de production et de conservation, confèrent en effet aux données historiques et archéologiques un caractère hétérogène et lacunaire. S’y ajoute une précision chronologique très inégale. Ces paramètres compliquent particulièrement l’évaluation des rythmes de transformation et l’appréhension des interactions spatiales. Dès lors qu’elle se dévoile, cette complexité du temps, à la fois effet de source et réalité, devient un enjeu. Ces spécificités impliquent de nouveaux formalismes pour l’analyse et la modélisation des processus. Si l’espace est au cœur du questionnement des analyses spatiales, le temps et ses différentes composantes prévalent dans l’approche historienne : il s’agit alors d’aborder la modélisation des dynamiques spatiales en donnant toute sa place au temps, et en s’affranchissant de la prédominance de l’espace, implicite en géographie.

- Les chercheurs du Centre d’Histoire impliqués dans le GDR sont Bertrand Dousteyssier, Carlotta Franceschelli et Frédéric Trément.