Actualité

Outils

  • Annuaire
  • Contact
  • Plan du site

Hommage à Mireille Cébeillac-Gervasoni

Hommage à Mireille Cébeillac-Gervasoni

Mireille Cébeillac-Gervasoni et l’Université de Clermont

Mireille Cébeillac-Gervasoni vient de nous quitter le mercredi 29 mars, elle allait avoir soixante-quinze ans le 7 avril. Elle a été terrassée par la maladie et les épreuves. Toutes les personnes qui ont eu la chance de la côtoyer ont été marquées par ses qualités humaines et son grand professionnalisme qui ont donné une carrière universitaire à la fois longue et riche en France et en Italie, consacrée aux cités et aux élites locales du monde romain, et une renommée internationale. Mireille Cébeillac-Gervasoni était directrice de recherche émérite du CNRS (UMR 8210 ANHIMA), mais elle a toujours été attachée à l’université de Clermont et très active dans ses formations et ses équipes de recherche.

Mireille Cébeillac-Gervasoni a été étudiante, puis chargée de cours et assistante à l’université de Clermont jusqu’à son départ pour l’École française de Rome dont elle a été membre de 1969 à 1972. À Clermont, elle a été l’assistante de Claude Mossé en histoire ancienne et d’Yves Bottineau en histoire de l’art moderne. Malgré la distance et ses engagements scientifiques nombreux en Italie qui l’ont conduite à la direction du Centre Jean-Bérard de Naples (directrice adjointe en 1972, directrice en 1979), Mireille Cébeillac-Gervasoni a toujours entretenu des relations étroites avec l’université clermontoise et nombreux sont les collègues clermontois qui ont bénéficié de son accueil chaleureux et de son soutien énergique à Rome comme à Naples.

Après ses années romaines et napolitaines, elle rentrait en France et au CNRS en 1985. S’étant installée pour des raisons familiales à Chamalières, elle a eu la générosité de faire profiter les étudiants et les collègues clermontois, des départements d’histoire, d’histoire de l’art et archéologie, de lettres classiques et de droit de ses grandes compétences et des retombées d’une carrière brillante de chercheur au CNRS, d’abord comme chargée de recherche puis comme directrice de recherche en 1988, après la soutenance de son doctorat d’État en 1987. Mireille Cébeillac-Gervasoni a toujours été volontaire pour assurer des enseignements d’histoire romaine et d’épigraphie latine, quel que soit le niveau d’étude, de la licence au doctorat, en passant par les concours de l’Éducation nationale, à l’UFR Lettres, Langues et Sciences Humaines de l’Université Blaise-Pascal et à l’École de Droit de l’Université d’Auvergne. Elle n’a jamais refusé son aide aux étudiants de maîtrise, de master et de doctorat, elle a encadré des thèses inscrites à Clermont. Elle fut à l’origine de l’invitation à Clermont de très nombreux collègues français et étrangers, en particulier italiens, qui ont assuré des séminaires et des conférences. Elle investit aussi le champ associatif et fut à l’initiative en 1998 avec des collègues clermontois de la fondation de l’association Utere Felix, qui, rassemblant professeurs, étudiants et amateurs, promeut la connaissance de l’Antiquité.

Elle a toujours associé les centres de recherche de Clermont (le Centre de Recherche sur les Civilisations Antiques puis le Centre d’Histoire « Espaces et Cultures » en histoire, le Centre d’Études Romanistiques en Auvergne en droit) à ses programmes internationaux et a organisé de nombreuses rencontres et colloques à Clermont dont les actes ont été publiés plusieurs fois par les Presses Universitaires Blaise-Pascal (Les Élites et leurs facettes, 2003, Autocélébration des élites, 2004, Le quotidien municipal I, 2008, La praxis municipale, 2010 et Le quotidien municipal II, 2012). Elle fut toujours soucieuse d’accueillir les jeunes chercheurs, en particulier clermontois, dans ses programmes et ses rencontres en leur offrant avec bienveillance l’opportunité d’exposer leurs résultats. Elle n’a jamais ménagé ses efforts pour tisser des liens entre Clermont, son équipe du CNRS et les universités italiennes. Afin de travailler avec elle, de nombreux étudiants italiens (Rome, Bari, Trieste) sont venus préparer leurs diplômes à Clermont. Elle fut à l’initiative de la collaboration étroite entre le professeur Filippo Coarelli de l’Université de Pérouse et les équipes locales, saluée en 2005 par un doctorat honoris causa remis à l’éminent historien italien de la Rome antique par l’Université Blaise-Pascal. Grâce à son entremise, dans les années 1980 et 1990, de nombreux étudiants clermontois ont été formés à l’archéologie à Frégelles dans le Latium, chantier sous la responsabilité de Filippo Coarelli.

Ces dernières années malgré les épreuves dont la disparition en 2015 de son fils David qui avait mené dans son sillage de brillantes études à Clermont en italien, en histoire de l’art et en histoire, Mireille Cébeillac-Gervasoni avait repris avec des collègues français et italiens l’étude et la publication du corpus épigraphique d’Ostie, le port de Rome, et continuait aussi de participer avec son enthousiasme si communicatif aux travaux des historiens clermontois.

Laurent Lamoine