Les poètes dans la cité en Révolution (1789-1848)

Convention projet structurant sciences humaines et sociales entre le Conseil Régional d’Auvergne et le CHEC et le CELIS- Université Blaise Pascal

- Objet et durée du projet

Dans le cadre du programme "Projets de recherche" la Région Auvergne soutient les coûts d’équipements et/ou de fonctionnement engagés dans le cadre du projet "Les poètes dans la cité en Révolution (1789-1848) " au sein du CHEC et du CELIS.

Date de début du projet : novembre 2015 pour une durée de 3 ans et 6 mois.

Coordinateur scientifique : Philippe OOURDIN - CHEC/UBP Représentants scientifiques :
Philippe BOURDIN - CHEC/UBP
Françoise LE BORGNE - CELIS/UBP

- Résumé du projet

Les poètes de la Révolution française ont souffert d’une légende noire, tenacement construite à partir de la réaction thermidorienne et au tournant du XVIIIe siècle par ceux qui n’avait pas communié à la nouvelle sociabilité, aux normes du récit patriotique durant les dix années écoulées, par les satiristes habitués des cénacles hostiles aux Lumières, par des repentis passés au service de l’Empire. L’histoire sociale des écrivains et des productions littéraires de la période révolutionnaire demeure encore largement en friche aujourd’hui, ou dominée par un double système de représentation. D’un côté, les écrivains apparaissent comme la conscience critique d’une société et d’une opinion publique dont ils représenteraient l’avant-garde ; de l’autre côté, comme des « exilés du Parnasse », des « Rousseau des ruisseaux » revanchards et opportunistes, autrefois oubliés de la distinction académique, du mécénat et des pensions, maintenant soumis au jugement d’une opinion qu’ils flatteraient. Si la Révolution ouvre une période liberté en reconnaissant le droit d’auteur, ses premières années voient de fait se cristalliser luttes et conflits autour d’une question essentielle : la fonction de « l’écrivain » (notion au demeurant complexe) et de son œuvre dans l’entreprise de régénération politique. Auteurs de poésies, de chansons, d’hymnes, de pièces de théâtre seront en conséquence pris en compte. Le champ est sociologiquement et stylistiquement vaste, tant les plumitifs, de toutes origines, sont nombreux à rimer sur tout et n’importe quoi – ce que déplorait Voltaire -, non sans succès éditoriaux parfois, qui font sortir la rime du simple exercice de salon. C’est pourquoi le corpus sera circonscrit aux pièces politiquement engagées et à leurs poètes, qui font de leur art une activité sociale et militante. Il s’agira de réfléchir aux fondements de l’engagement individuel ou collectif des artistes, aux phénomènes générationnels, à leurs réseaux de promotion, aux voies de leur reconnaissance, à leurs supports éditoriaux, aux formes esthétiques qu’ils privilégient ou inventent, à leur audience nationale et internationale. L’ambition est de recourir non à une addition de biographies – forcément limitée dans sa construction et dans ses buts – mais à la prosopographie des auteurs à partir des sources qui permettent de les saisir collectivement (demandes de pensions, almanachs, par exemple). Par ailleurs, il faudra sérier le corpus politique en vers construit dans la décennie révolutionnaire, évaluer les formes esthétiques mobilisées (quelle est la part de l’invention, des emprunts à une culture académique, quels sont les rapports avec les autres arts, etc.), leur réception par le public, dont on sait le rôle éminent qu’il joue par exemple dans la censure et les succès théâtraux, mesurer la pérennité des formes littéraires, des références, des topiques, et de la mémoire des auteurs d’une révolution à l’autre (1830, 1848). L’instrument privilégié de ce projet sera la constitution d’une base de données collective, sur le modèle d’une base de type Fichoz, qui permet de croiser entrées biographiques et œuvres, de faire émerger et de cartographier des réseaux.