MARGEC

MARGEC

Programme retenu par l’Agence Nationale de la Recherche lors de son Appel à projet thématique Blanc SHS 3 – 2012, et coordonné par Marie-Madeleine de Cevins (Université de Rennes 2 - CERHIO). Le CHEC est Laboratoire partenaire.

Cantonnée depuis le Moyen Âge dans un rôle de périphérie culturelle de l’Occident, l’Europe du Centre-Est demeure marginale dans l’horizon scientifique des historiens français, en histoire médiévale surtout. L’enquête Économie et religion dirigée par Nicole Bériou et Jacques Chiffoleau de 2001 à 2009 pour explorer l’« économie réelle » des couvents mendiants entre les XIIIe et XVe siècles a montré — à partir d’exemples principalement français et italiens — que la pauvreté volontaire pouvait être facteur de régulation économique et sociale, par les pratiques des frères comme par leur discours prônant la circulation des biens. Ce constat vaut-il pour l’Europe centrale — ou plus exactement centre-orientale —, faiblement urbanisée, dominée socialement par le groupe nobiliaire et ébranlée par l’hérésie hussite ? Le projet MARGEC se propose de répondre à cette interrogation en déplaçant le champ d’observation vers l’est et en le prolongeant d’un gros demi-siècle afin d’embrasser une période qui, dans cette région, forme un tout cohérent. Son objectif n’est pas d’analyser de façon systématique le fonctionnement matériel des 350 couvents mendiants masculins implantés en Europe centrale entre les années 1220 et 1550 — bien que 10 à 15 % seulement d’entre eux disposent d’un corpus documentaire exploitable — mais de poser les jalons scientifiques qui permettront de faire la lumière sur l’état des biens communautaires, le cadre de vie des religieux et in fine sur leur contribution à la dynamique des échanges de biens matériels contre des bienfaits spirituels. Les travaux s’appuieront sur un échantillonnage de sources textuelles et non textuelles suffisamment restreint pour tenir le calendrier prévu tout en autorisant des comparaisons.

Pluridisciplinaire puisqu’il fait appel à des historiens aussi bien qu’à des archéologues et à des historiens d’art, le projet MARGEC franchit la barrière académique qui sépare, en France, les périodes médiévale et moderne, afin de coller aux réalités centre-européennes. Il opère un troisième décloisonnement en impliquant étroitement chercheurs français et étrangers. Une organisation fédérative à trois niveaux garantit la cohérence de leurs activités :

  • un comité scientifique, noyau formé des responsables des trois organismes de recherche engagés dans le projet MARGEC (deux partenaires français, le Centre de Recherches Historiques de l’Ouest de l’Université Rennes 2 et le CHEC ; un partenaire étranger autofinancé, le Département d’Études médiévales de la Central European University de Budapest) ;
  • des équipes géographiques (par grands ensembles territoriaux, selon les frontières politiques, vers 1500, des royaumes de Pologne, Bohême et Hongrie), coordonnées chacune par le représentant de l’une des cinq institutions européennes associées au projet (l’Institut Collegium Europaeum de l’Université Charles de Prague, l’Institut des Sciences historiques de l’Université Babes-Bolyai de Cluj en Roumanie, les Instituts d’Histoire des Universités de Pécs et Károli Gáspár de Budapest en Hongrie, le Laboratoire de Recherches sur l’Histoire des Congrégations et Ordres Religieux de l’Université de Wrocław en Pologne) ;
  • enfin, des collaborateurs individuels recrutés au gré des besoins.

La méthodologie mise en œuvre est à la fois inductive (pour s’affranchir des jugements de valeur véhiculés par les sources normatives et polémiques), comparatiste (entre aires tchèque, polonaise et hongroise, ainsi qu’avec les couvents allemands tout proches, ou encore avec les établissements monastiques), diachronique (afin de repérer les ruptures provoquées par la diffusion des courants réformateurs hussites, observants puis luthériens ainsi que par l’avance ottomane) et synchronique (pour faire apparaître les différences entre ordres mendiants et mesurer l’impact de l’environnement socio-économique).

Décomposé en cinq tâches et déployé sur trente-six mois, le projet MARGEC aboutira avant la fin de l’année 2015 aux réalisations suivantes :

  • un inventaire sélectif des sources textuelles et non textuelles, mis en ligne ; une base de données par couvent, cartographiée et mise en ligne ;
  • deux ateliers thématiques (1. Les couvents mendiants et la terre, 2. La pauvreté au quotidien) et un colloque de synthèse (Les frères mendiants dans l’économie du sacré) ;
  • des bilans intermédiaires publiés dans trois revues scientifiques ainsi enfin qu’un volume collectif diffusant en français et en anglais les résultats des trois rencontres précédentes.

Chemin faisant, les synergies internationales générées par le programme permettront de mettre en commun les informations relatives à certains thèmes spécifiques (comme la question des cadres et des modalités de la pratique de la quête mendiante) et de construire une réflexion collective novatrice — inédite dans ce domaine de la recherche.

La progression du projet est coordonnée grâce à des rencontres au caractère plus technique, comme celle qui s’est tenue à Rennes en novembre 2011 (avant même l’octroi du soutien de l’ANR), consacrée à un nécessaire bilan historiographique, ou l’atelier organisé à Prague le 25 mars 2013 (grâce au financement apporté au CHEC par l’ANR) afin de faire le point sur les sources textuelles disponibles et d’en ébaucher l’inventaire. Animé par Ludovic Viallet (maître de conférences habilité en Histoire médiévale), le pôle clermontois accueille l’unique post-doctorant du programme, Grégory Goudot (docteur en Histoire moderne), chargé plus particulièrement de la base de données et de la cartographie.

Partenaire

Centre de Recherches Historiques de l’Ouest (CERHIO) : univ-rennes2

Site du Programme margec